• Angélique Mariet

FAQ : le métier de traducteur japonais-français

Depuis que je parle de mon métier de traductrice, il ne se passe pas un seul jour sans que je reçoive un message d'un aspirant traducteur me posant des questions sur mon parcours ou me demandant conseil. J'ai donc décidé de faire un petit stream où vous pouviez me poser toutes les questions que vous vouliez !

Le live a duré quatre heures, je vous avoue que j'ai grave la flemme de le monter pour le publier sur YouTube, puis je me suis dit qu'un format écrit sur le blog serait beaucoup plus clair.


Avant que vous commenciez votre lecture, je dois vous préciser que :

- je réponds par rapport à ma propre expérience, certaines informations seront sans doute différentes de l'expérience d'autres traducteurs;

- il se peut que certaines de mes phrases vous paraissent abruptes et directes, je suis désolée d’avance : mon but n'est ni de vous faire rêver ni de vous décourager, je veux être la plus honnête possible sur cette profession.


C'est l'article que j'aurais aimé avoir à ma disposition quand j'ai commencé mon métier, et j'espère que cela vous aidera.


Skeleton Knight in Another World (Meian)


MON PARCOURS

C'est très long, vous n'êtes pas obligés de vous infliger tout ça

ÉTUDES ET MOYENS DE DEVENIR TRADUCTEUR


Est-ce que la licence est nécessaire ?

La licence (ou le “bachelor's degree” si vous travaillez à l'étranger) est conseillée et peut parfois vous avantager, mais elle n'est pas obligatoire. Si vous n'avez pas de Bac +3, vous pouvez tout à fait avoir un diplôme qui prouve votre niveau comme le JLPT (bien que, j’insiste, ce n'est pas parce qu’on a le JLPT N2 ou N1 qu’on est forcément bon traducteur) ; vous pouvez aussi avoir des expériences qui prouvent que vous maîtrisez bien le japonais, par exemple avoir travaillé ou étudié au Japon, des expériences avec des entreprises ou organismes japonais...


Et le master ?

C'est pareil, ce n'est pas obligatoire, mais ce n'est pas inutile. Le master de traduction vous apprendra les techniques de traduction, mais pas à traduire. Vous allez être plus efficace dans votre travail et arriver avec un bagage de connaissances techniques (démarcher des clients, les différentes manières de traduire…), mais pas forcément d'expériences pratiques.

L’école et les professeurs peuvent aussi vous conseiller et vous aider à bâtir un réseau, etc.


Alors on fait quoi pour devenir traducteur ?

Vous comprendrez très vite que tous les traducteurs n'ont pas le même parcours : certains sortent de LLCE ou de masters, certains ont fait des études qui n'ont rien à voir avec le japonais et se sont reconvertis après quelques expériences au Japon, certains sont là par bouche à oreilles, d'autres comme moi n’ont pas fait d’études, mais connaissent bien le Japon et parlent japonais... Il ne faut pas vous dire que vous allez forcément y accéder parce que vous sortez d'une licence en rapport avec le Japon/le japonais ou que vous avez le JLPT. Certains traducteurs n'ont même jamais passé de diplômes prouvant leur niveau de langue par exemple, mais leurs expériences parlent d'elles-mêmes.


Vous êtes la seule personne à savoir ce que vous voulez vraiment faire. Il n'y a pas de chemin tout tracé qui vous permettra d'arriver à cet objectif plus facilement qu'un autre. J’ai moi-même arrêté mes études, mais je ne suis pas du tout partisane du “les études ne servent à rien”. Je vous conseille tout de même d’avoir un bagage pour plusieurs raisons :

  • vous pourrez faire un autre travail si jamais ça ne fonctionne pas ou que vous n'aimez finalement pas ça;

  • si vous ne désirez pas faire de la traduction votre travail à temps plein, vous pourrez faire un travail à temps partiel en plus de vos projets d’indépendant.

Encore une fois, je ne veux pas vous décourager, mais les personnes qui peuvent vivre décemment de ce métier les premières années sont très rares. C’est bien de rêver et de vouloir atteindre ses objectifs, mais on peut le faire tout en étant réaliste. Soyez patients.


Tu as fait FLE ou d'autres options à la fac ?

J'ai arrêté en L2 et on n'avait pas encore d'options à ce moment.


Il faut un BTS tourisme si je veux faire de la traduction touristique ?

C'est mieux, mais encore une fois c'est du cas par cas. Il y a pléthore d'étrangers qui travaillent dans le tourisme au Japon sans BTS tourisme, parce qu'ils sont trilingues ou ont beaucoup voyagé... Tant que vous avez des connaissances poussées sur la culture du pays et un bon niveau dans votre langue de départ et dans votre langue cible, ça devrait passer !


Est-ce que le JLPT est suffisant ?

Non.


Est-ce qu'il y a un concours à passer ?

Non.


Est-ce que c'est un métier bouché ?

Ça dépend de ce que vous visez. Pour tout ce qui est traduction littéraire, oui, c'est tendu, mais il y a énormément d'autres types de traduction. Beaucoup de personnes sont des fans de pop culture japonaise et veulent se diriger dans des domaines comme la traduction de mangas, mais il y en a d'autres tout aussi passionnants : les jeux vidéo, le webtoon qui est un secteur en plein essor, la traduction touristique, la traduction technique... Si vous avez fait des études de médecine ou de droit avec un bon niveau de japonais, vous pouvez postuler pour être traducteur assermenté, par exemple.


Aussi, vous entendez souvent les profs de fac dire que c'est bouché tout simplement parce qu'ils ne pensent qu’à la France, mais il y a de nombreuses agences et entreprises étrangères qui cherchent des traducteurs à distance (s’il y a une chose pour laquelle le COVID a aidé, c’est bien ça). Si vous avez un bon niveau d'anglais ou quelque chose pour l'attester (TOEIC, TOEFL...), ne vous contentez pas que des offres françaises.


Autre chose : soyez sûrs que vous voulez faire ça comme métier.

En ce moment, la traduction est un effet de mode, tout le monde pense que parce qu'ils ont appris le japonais ils peuvent forcément faire de la trad. La fermeture des frontières ayant empêché de nombreuses personnes de développer leurs projets au Japon, ils se rabattent sur la trad ; l’arrivée de nouveaux traducteurs (dont moi) donne l’impression que c’est un métier facile d’accès... Mais ça reste un métier précaire, et n’oubliez pas que les gens qui traduisent aiment traduire. La traduction ne doit pas être un filet de pêche en dernier recours pour utiliser vos capacités en langues. Si vous n'aimez pas ça, ça va se ressentir directement. Déjà, vous n'allez pas kiffer le travail que vous faites - et ça c'est vraiment un des pires trucs à vivre, mais en plus c'est très irrespectueux envers les clients (ou auteurs des œuvres). Faut apprendre à vous connaître et voir s'il n'y a pas un autre domaine qui vous intéresse. Je connais plein d'anciens camarades de classe qui ont développé leurs propres business autour du Japon : boutique, enseignement, cuisine, hôtellerie... La traduction n'est pas la finalité. Ne faites pas ça par dépit.


Quels conseils donnerais-tu pour se préparer ?

Si vous aimez vraiment la traduction et que vous êtes sûrs de vouloir faire ce métier, améliorez votre français, votre japonais et votre anglais. Peut-être que vous devriez viser un master de traduction ou faire des formations pour avoir les mêmes outils et bases qu'on vous apprend durant ces études. Faites des traductions de votre côté, entraînez-vous à faire des trads que vous posterez quelque part. Vous n'êtes pas obligé de faire du fansub illégal, vous pouvez faire un blog privé où vous vous entraînez, traduire des actualités ou des articles sur un sujet qui vous passionne... Écrivez et lisez en français et en japonais, renseignez-vous sur le Japon, les dernières tendances... Ne vous contentez pas des ressources en français, allez plus loin. Il y a plein de manières de se bouger, faites-le.


Nina du royaume aux étoiles (Michel Lafon)


STATUT ET VIE DU TRADUCTEUR


Je suis traductrice indépendante c'est-à-dire que je suis prestataire : les clients me louent un service et je les facture pour ça. Dans la majorité des cas, je suis mis en contact avec le responsable d’un pôle traduction ou d’une agence qui me confie régulièrement des missions, ou alors je reçois un petit mail “Hey, je suis untel, j’ai besoin de ça, est-ce que ça t’intéresse ?”. J’envoie des CVs, je passe des tests (si les potentiels futurs clients répondent, lol). Parfois entre traducteurs on se contacte quand il y a certaines offres ou on se recommande entre nous quand on a pas le temps de faire un projet… Certains clients vous contactent sur Linkedin aussi, attention à ce réseau parce qu’il y a beaucoup d’agences qui sont là pour arnaquer. Il y a des groupes de personnes qui relaient des offres… Bref, c’est une recherche sans fin.


Il faut être prêt à galérer six mois, un an, deux-trois ans… Il faut vraiment que vous vous prépariez à ça, surtout si vous avez déjà travaillé avant : ça peut être dur de passer d’un 35h classique à rien du tout. Mais on en reparlera plus tard !


Au niveau des deadlines, ça dépend des projets… Je ne peux pas vous donner trop de détails car je suis souvent sous contrat de confidentialité, mais je vais essayer de vous expliquer ça au cas par cas :

  • Le plus difficile ce sont les animes, des fois on reçoit les épisodes en retard donc faut s’adapter, genre traduire et relire du jour au lendemain voire le jour même…

  • Ensuite les jeux vidéo, surtout quand on travaille en agence car elles pressent un peu. C’est un travail colossal et il faut avoir des retours de Pierre Paul Jacques qui ne sont pas au même fuseau horaire… Une galère.

  • Pour les mangas ça dépend des éditeurs, ça peut être un mois comme une semaine et demi…

  • La traduction technique et touristique ça dépend des projets encore une fois, mais souvent c’est beaucoup plus tranquille.

C'est mieux d'être freelance ou salarié ?

Il est tout à fait possible d’être traducteur salarié, notamment dans les grandes entreprises ou les studios de jeux vidéo qui ont une équipe de traduction dédiée par langue. Avec le COVID ils commencent à chercher de plus en plus de freelances par contre, donc ça devient rare d’être embauché à temps plein.

Moi personnellement je préfère être en freelance parce que j’aime bien la diversité et la créativité que ce statut m’apporte. Aujourd’hui je peux traduire de la comédie, demain de la fantasy, le jour d’après un anime d’horreur, ensuite je passe à une traduction de contrats… Je ne voulais pas être liée à un seul et même truc. Certains préféreront être employés, car ils préfèrent la stabilité, moi ça me convient bien comme ça. Encore une fois, il faut apprendre à vous connaître.


Est-ce que tu arrives à te dégager un salaire ?

Oui, c’est mon métier à temps plein, mais sachez que ça reste très rare. Je dis ça vraiment pour vous aider : à moins de travailler énormément, il est dur de vivre de la traduction. Les prix sont exécrables, et eeeencore une fois ça dépend de votre expérience, mais dans la majorité des cas, beaucoup profitent de vous, notamment si vous êtes débutants. Vous courez après les projets, vous vous retrouverez parfois avec des mois plus compliqués que d’autres… Les gens qui arrivent à en vivre sont soit comme moi et passent leur vie à travailler, soit sont des traducteurs renommés qui sont beaucoup plus payés que les débutants ET/OU des gens qui ont la chance d’avoir des clients qui payent très bien et qui peuvent se permettre de ne pas prendre beaucoup de projets pour avoir un salaire tout à fait convenable.

J’en reviens à ce que j’avais évoqué juste au-dessus avec les études, mais je connais beaucoup plus de traducteurs qui, pour pallier à ça, font de la traduction plutôt à temps partiel. C’est pas forcément une fatalité, il y a des gens qui n’ont pas envie d’être derrière un PC toute leur vie. Vous pouvez tout à fait vous dégager un salaire classique ou un salaire de temps partiel et faire des petits projets de trad à côté si vous n’avez pas envie de passer votre vie chez vous. C’est pas forcément une mauvaise chose et ça vous permet de voir d’autres horizons.


Comment aborder les maisons d'édition ou chercher des contrats ?

Y a pas de miracles : faut envoyer des CVs. Attention, ça ne sert à rien de les harceler. Sur leurs sites, il est souvent noté s’ils acceptent des candidatures ou non, il faut essayer d’être là au bon moment. Soyez à l'affût des annonces et répondez-y. Encore une fois, ne vous contentez pas que des annonces françaises. En général, vous décrochez un contrat après avoir passé un test de trad ET après avoir reçu un projet : réussir le test de traduction ne veut pas dire qu’on va tout de suite vous confier quelque chose.


Quelle est la charge de taf pour gagner sa vie ?

J’ai répondu au-dessus, mais à moins d’avoir beaucoup d’expérience ou de tomber sur des clients qui payent bien, il faut travailler d’arrache-pied si vous voulez en vivre.


Comment est organisée la rémunération ?

Ça dépend du projet. De mon expérience pour les jeux vidéos, les traductions techniques et touristiques, les agences et les sociétés étrangères payent par caractère japonais, les “moji”. S’il y a 3000 moji dans un document, vous devez facturer 3000 x 6 yens par exemple.

En France, pour les animes c’est par épisode, et pour les mangas ça dépend des éditeurs. Certains vous payent à la page, d’autres au forfait selon le nombre de pages d’un tome.


C'est quoi les tarifs ?

Je ne peux pas vous donner les tarifs exacts pour des raisons évidentes, mais je peux vous faire une moyenne avec des chiffres que j’ai pu obtenir d’autres traducteurs et de mes expériences passées :

* tous ces chiffres évoluent d'année en année et dépendent évidemment des clients, des projets et de leurs difficultés, de votre expérience, etc.


(après la publication de cet article, j'ai reçu tellement de retours de différents traducteurs sur les tarifs que je suis en train de faire un tableau pour vous présenter une moyenne encore plus globale que celle que j'avais, soyez patients, ça arrive vite !)


Voilà, au moins, vous savez que si des clients vous payent moins que la moyenne de ces prix, vous êtes en dessous du prix du marché : faites attention à ne pas vous faire arnaquer. Il ne faut pas avoir peur de refuser. Je sais, je suis aussi passée par ce cercle vicieux, ces moments où on se dit “Bah oui, mais je suis bien obligé(e) d'accepter !”, sans avoir l'impression d'avoir la légitimité de demander plus.

Si VRAIMENT vous êtes dans la merde ou si c’est une opportunité qui, vous savez, ne se reproduira pas deux fois, acceptez. Mais si vous avez le choix, ne le faites pas. Vous ne pouvez pas vivre en enchaînant des projets toujours mal payés, et surtout, sachez qu’un client qui vous paye mal dès le début n'augmentera jamais ses prix, que vous travailliez plus dur que d’autres prestataires ou non.


Est-ce que ça fonctionne au réseau ou tout le monde a sa chance ?

C’est une question intéressante. Comme j’ai une chaîne YouTube, certains doivent forcément se dire que j’ai eu ma chance grâce à ça et que c’était plus simple, mais pas forcément. J’ai déjà été refusée à cause de ça, d’ailleurs. Premièrement, pour des questions de confidentialité (quand t’as une présence sur internet, les clients sont en droit de se demander si tu ne vas pas tout divulguer), mais en France c’était plus par mépris. Peu importe le type de vidéo que je fais, pour eux YouTube = influenceurs = pas forcément de talent/veut rentrer dans ce monde par envie de gloire. Je me suis déjà fait refuser par des éditeurs sans même passer de test de trad pour cette simple raison.


Je dirais que vous n’avez pas forcément besoin de réseau : ça facilite la tâche, mais ça ne veut pas dire que vous n’allez pas y arriver sans. Avoir du réseau ne prouve en rien que votre travail sera de qualité. Entre quelqu’un qui a été recommandé par untel mais qui traduit mal et va faire perdre du temps à toute une équipe et quelqu’un de pas forcément connu et qui fait des erreurs mais qui se donne à fond, on sait d’avance avec qui les clients renouvèleront leur collaboration. Ils ne sont pas stupides.


Si vous êtes une personne qui travaille beaucoup et qui semble vraiment intéressée par ce métier, les gens vont vous remarquer. Essayez juste de faire de votre mieux, ne flattez pas les clients/les autres traducteurs à outrance en espérant sortir du lot, ça aussi ça se voit directement. Ne les harcelez pas non plus en espérant gratter quelque chose (des contacts, par exemple), ça ne se fait pas. Attention, je ne parle pas des gens qui envoient des messages pour poser de vraies questions - d’où ce long article pour vous aiguiller. Mais plutôt de ceux qui ne t’ont jamais parlé et viennent soudainement te dire qu’ils adorent tout ce que tu fais et que tu les inspires grave et que, oh, si jamais tu connais des gens qui recherchent, faut surtout pas hésiter à les contacter ! Hein, quoi ? Ça sent le vécu ? Noooon.


La traduction c'est pas un métier d'ego, si vous voulez devenir traducteur pour vous faire remarquer ça ne marchera pas : vous êtes l'intermédiaire d'une œuvre, c’est tout. Un réseau ça se construit pas tout de suite, c'est long, dur et décourageant, mais si vous êtes honnête avec vous-même et avec les autres, que vous êtes motivé, il y aura toujours des gens pour croire en vous et vous donner une chance.


Si on fait des traductions soi-même, comment savoir que ce qu'on fait est juste ?

Il y a des moyens de vérifier son orthographe sur internet, sinon il existe des applications ou des sites où des natifs japonais qui apprennent le français peuvent corriger des textes, par exemple, ça peut être sympa pour vérifier que vous n’avez pas fait d’erreur de compréhension.


C’est aussi un bon exercice que de relire plus tard ce qu’on à fait pour voir ses erreurs. Au début c’est approximatif, et au fur et à mesure que vous travaillez votre japonais vous comprenez plus de choses. Vous pouvez revenir une ou deux semaines plus tard sur une traduction, le temps de la laisser reposer, pour remarquer quelques détails en plus. Il ne faut pas non plus avoir honte de partager et de faire lire ce qu’on a produit !


Tu fais ta comptabilité ?

Oui. Elle est un peu plus compliquée avec le statut d’artiste-auteur, mais reste assez sommaire quand on est auto-entrepreneur.


Tu as des exemples de tests de traduction ?

Je ne peux pas partager d’exemples, mais sachez que ça dépend beaucoup du client.

  • Pour les mangas, c’est en général un chapitre ou quelques pages d’un manga annoncé mais pas encore publié (pour éviter la triche);

  • Pour les jeux vidéos, ça peut être un tableau Excel avec une sélection de descriptifs de pochettes de jeux, de dialogues, d’objets… Parfois, c’est un grand monologue d’un personnage avec une personnalité spécifique (le méchant de l’histoire) qu’il faut adapter;

  • Pour les animes, c’est un test sur un épisode;

  • Pour les tests d’agence (traductions techniques ou touristiques), ce sont souvent des petites phrases extraites de flyers, de manuels officiels etc.

Il se peut que votre test soit chronométré, c’est-à-dire qu’on vous l'envoie à une certaine heure et que vous devez l’avoir traduit, relu et envoyé dans les deux heures à suivre, afin de tester votre rythme de travail et votre productivité.


Comment faire quand un client refuse ton test de traduction sans raison ?

Si jamais vous passez un test de traduction que vous ratez, insistez pour avoir un feedback sinon ça ne sert à rien. Comment pouvez-vous évoluer sans aucun retour ? Il faut savoir cependant distinguer les commentaires subjectifs des commentaires objectifs : selon la personne qui corrige, elle sera plus ou moins exigeante sur certains points (style employé, termes utilisés, choix d’adaptation, ponctuation, temps des verbes…).

Si vous avez fait des fautes d’inattention ou de grammaire, c’est pas grave : vous vous rattraperez une prochaine fois ! Vous n’êtes pas nuls, vous avez juste besoin de vous former un peu plus. Les tests sont utiles, mais ne sont souvent pas gage de vos compétences réelles, sachez faire la part des choses pour évoluer.


Sur un mois tu peux dégager un salaire de combien ?

Entre un SMIC et 4000-4500€ si je produis vite et beaucoup. C’est un peu les montagnes russes, je n’ai jamais un mois avec un même chiffre : il y a des mois beaucoup plus creux qui s’équilibrent avec d’autres après sur le total de l’année. L'Urssaf prélève 22% du total de votre chiffre d'affaires, donc il faut rester vigilant car si vous avez un bon mois suivi d'un mois creux, vous le sentez passer. C'est pour ça qu'il vaut mieux essayer de s'organiser sur l'année que mois par mois, et surtout toujours compter les cotisations dans vos tarifs.


Est-ce que tu as des droits d'auteur sur tes traductions ?

Ça dépend des domaines et des clients. Ça arrive en traduction littéraire, mais pas tous les éditeurs le font. Ne comptez pas non plus sur les agences pour toucher des droits d’auteurs. D’ailleurs, c’est un sujet qui a l’air de faire rêver quand on en parle, mais je pense que c’est parce que beaucoup ne savent pas comment ça fonctionne. En gros, le client, admettons un éditeur, vous paye en prévision des tomes qu’il va écouler, on appelle ça “une avance sur droits”. C’est uniquement à partir de l’écoulement de tous ces tomes que vous touchez des droits d’auteur, et ça reste souvent entre 0,25% et 5% du bouquin, donc ça se compte en centimes. Il faut vraiment tomber sur une sacrée série pour pouvoir se dégager une bonne petite somme.


Est-ce que tu as déjà été sous-traitante d'un autre traducteur ou traductrice ? (un traducteur qui prend une commande mais, n'a pas le temps et te demande de traduire à sa place)

Ça m'est arrivé de reprendre des traductions pour terminer une série ou quand une collaboration est terminée avec un prestataire, mais jamais de faire le travail à la place de quelqu’un d’autre, non.

STAYGOLD (Hana)


Organisation de travail et consignes (éditeurs, auteurs, etc.)


Est-ce que t'as des règles imposées par les clients ?

Oui, il y a souvent une charte de travail, je vais essayer de détailler ça par type de traduction.

  • Mangas

Il y a toujours une charte à respecter qui peut être plus ou moins longue selon les éditeurs. Certains veulent des points dans leurs bulles, d’autres non, certains veulent des italiques, un code couleur, d’autres pas de gros mots, d’autres acceptent, certains veulent des onomatopées totalement adaptées (pas de mots anglais), d’autres les acceptent sans soucis… On travaille soit sur un doc Word, avec le tome physique ou numérique, soit sur un PDF avec du matériel japonais (ce qui est très pratique et un gain de temps fou, en tant que traductrice en tout cas). Il y a parfois des consignes qui viennent de l’éditeur japonais, par exemple harmoniser les noms avec les autres sorties européennes, mais c’est assez rare.

  • Animes

Si le manga est déjà sorti en France on doit adapter la traduction au manga (respecter les noms, les traductions d’attaques, etc.). Le fan de manga va regarder l’adaptation, ou alors l’anime va donner envie à la personne de lire le manga et c’est dommage si tout n’est pas cohérent. Par exemple, en ce moment je traduis Platinum End, et comme le manga est sorti avant l’anime je dois respecter l’écriture des noms des personnages, et ce même s’ils sont différents de la transcription latine officielle publiée sur le site de l’anime. La traduction littéraire et le sous-titrage sont deux domaines très différents, il faut être plus concis pour dire la même chose en un minimum de temps afin de respecter la limite des caractères.

  • Jeux vidéo

À moins que ce ne soit un jeu vidéo indépendant ou le premier d'une série, les jeux sont souvent des adaptations d’une franchise ou alors une licence avec plusieurs anciens opus. Il faut absolument harmoniser sa traduction avec tout ce qui est déjà sorti en France et le client ne fournit pas forcément le matériel (tomes de mangas, épisodes d’anime, anciens jeux…). Là aussi, il y a une limite de caractères qui est parfois plus ou moins facile à respecter.

  • Autres

Pour les autres traductions, il n’y a pas forcément de consignes, mais il y a parfois un lexique ou une base de traduction à respecter.


Combien de jours prend la traduction d’un manga ?

Ça dépend des traducteurs et de leur rythme de travail. Personnellement mon premier jet est terminé en 3-4 jours, après ça dépend de l'intensité du tome. Si c'est un manga qui fait plus de 200 pages je mets 5 jours, entre 150 et 180 je mets 4 jours. Après, ça ne compte pas le temps de relecture ou les autres projets que je peux avoir en même temps et avec lesquels je dois jongler, comme un épisode d’anime par exemple. Et puis, il y a des mangas beaucoup plus compliqués qu’ils n’en ont l’air : pas plus tard que cette semaine, j’ai envoyé un tome de 130 pages qui m’a demandé autant de travail qu’un tome de 300 pages tellement il y avait de texte et de références à adapter, etc.